mercredi 8 juin 2016

Le Bleu de Lectoure par Madame Lambert

 L'Histoire du Pastel

Notre Club recevait hier soir Madame Lambert pour nous présenter l'histoire du Bleu de Lectoure.

 
Mme Lambert, née aux USA, arrive à Châteauroux à l’âge de 3 ans, ses parents s’installant sur la Base de Déols.
Avec son époux, de nationalité belge, elle rejoint Lectoure en 1994. Ils sont séduits par la couleur des volets de leur maison qui sont d’un bleu « extraordinaire ».
Ainsi commence leur aventure …

 
Le pastel (Isatis Tinctoria) est une plante – peu attrayante – qui fleurit jaune . Ce sont les feuilles qui donnent la couleur bleue.
Déjà, les Gaulois s’en servaient pour faire peur aux Romains qui craignaient cette couleur (« avoir une peur bleue … »).
Il faut traiter les feuilles dans la ½ heure qui suit la récolte. Après macération, on les broie et on en fait une boule : « la cocagne » . Au Moyen Age ces boules étaient mises à sécher durant quatre mois et ainsi devenaient dures, noires et plus petites donc plus facile à transporter. Sous cette forme, le pigment bleu se conserve quelques mois et peut donc faire l'objet d'un commerce international.
A cette époque, dans les ateliers de teinture, le contenu des cuves était jaune car l’oxydation se faisait grâce à l’urine humaine et c’est cette oxydation qui va faire virer au bleu.
Au fil du temps, le temps d’extraction du pigment est passé de plusieurs mois au Moyen Age à 1 seconde aujourd’hui.
Après macération, le liquide contenant le pigment à l'état incolore sera mis en permanence en contact avec l'oxygène de l'air. Ce liquide incolore au départ, deviendra progressivement de plus en plus vert, jusqu'au vert émeraude et l'écume se formant à la surface produira un bleu intense. Cette oxydation se maintiendra 5 heures.
L'oxydation étant complète, le liquide sera transféré dans les cuves de repos, ou de précipitation. Cette opération se fait en fin de journée afin de pouvoir, le lendemain matin, évacuer la masse liquide pour récupérer le pigment pur dans le fond des cuves.
Ce pigment devient dur comme un caillou et il faudra plusieurs broyages pour permettre la récupération du colorant.
Il faut traiter une tonne de feuilles de Pastel pour obtenir 2 Kg de pigment pur.

A la Renaissance, ainsi nait « le pays de Cocagne » dans le sud-ouest en général et à Toulouse en particulier.
Ce bleu très spécial sera réservé à une élite : la famille royale, les militaires … avec des nuances de densité spécifiques à chaque catégorie.
Jusqu’à l’arrivée de l’indigo, importé des Indes, qui plonge le midi toulousain dans le marasme. La culture du Pastel connait son premier déclin.
Mais, nouveau rebondissement, sous Napoléon, le blocus anglais empêche la livraison de l’indigo et, donc, renaissance du Pastel.

Le milieu du XIXe siècle abandonne définitivement l'utilisation du Pastel, tout comme l'arrivée des colorants de synthèse au XXe siècle feront oublier la Garance et l'Indigo.

Mais la force du Pastel est l’impossibilité de le reproduire synthétiquement.


Merci à Madame Lambert pour la qualité de son intervention.

 

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